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Bernard Seurre l'aîné


Paris, 1795 – 1867

 

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, 1843

 

Plâtre original

Hauteur 70 cm, largeur 32 cm, profondeur 32 cm

Signé et daté sur la traverse du fauteuil à gauche : Seurre 1843

Annoté en bas sur le socle : A Molière / né à Paris / le XV janvier MDCXXII / Mort à Paris / le XVII février MDCLXXIII / Souscription nationale

 

Œuvre en rapport

Maquette du monument de la fontaine Molière, rue de Richelieu, Paris (in situ)

 

Admis à l’Ecole des Beaux-Arts en 1810 dans l’atelier de Pierre Cartellier, Seurre remporte le grand prix de Rome huit ans plus tard avec son Chélonis implorant la grâce de son époux Cléombrote (Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts), ce qui lui permet de séjourner à Rome jusqu’en 1823. A son retour à Paris, Seurre, surnommé l’Aîné pour le différencier de son frère Charles Emile, également sculpteur, faits ses débuts au Salon en 1824 avec une Baigneuse. Sa carrière est ensuite rythmée par des commandes d’Etat comme la figure en pied de Jean de La Fontaine (marbre à l’Institut de France, plâtre au musée La Fontaine de Château-Thierry), une Victoire destinée au Sénat (salle des conférences) ou une partie de la série des Hommes illustres destinée au décor extérieur du Nouveau Louvre de Napoléon III (Jean Goujon, Boileau, Molière, L’Art Grec). Entre 1833 et 1836, il participe à l’exaltation de l’épopée napoléonienne en sculptant pour l’Arc de Triomphe de l’Etoile deux bas-reliefs figurant La Victoire d’Aboukir et Le Retour des Armées. Seurre a aussi travaillé pour des amateurs privés, réalisant les statues de la Modestie pour le tombeau de son maître Cartellier et celle de la Poésie pour le tombeau de Casimir Delavigne (Paris, cimetière du Père-Lachaise).

 

Plusieurs tentatives d’ériger un monument à Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, (1622-1673) avaient déjà échoué lorsqu’en 1836, la Comédie-Française relança la souscription. Mais devant le manque de signatures, on choisit la solution ingénieuse consistant à combiner le projet de monument avec celui d’une fontaine rue de Richelieu – déjà voté par le conseil de Paris –, laquelle était située à l’angle de la rue de Richelieu et de la rue Traversière (aujourd’hui rue Molière), presque en vis-à-vis de la maison de Molière. Bridé par les contraintes géométriques du lieu (une surface au sol réduite et triangulaire) et programmatique (il s’agissait de réaliser une fontaine, un château d’eau, une maison de gardien et un monument à Molière), l’architecte Louis Visconti, chargé du projet, réduit la fontaine à sa plus simple expression mais pousse au maximum le programme d’exaltation d’une gloire nationale jusqu’à composer une sorte de maître-autel laïc de plein-air avec la statue de Molière comme pala d’altare. Malgré le choix assez rapide des sculpteurs, Seurre pour la statue de Molière et James Pradier pour les deux figures allégoriques entourant le socle de la statue, le projet prend du retard pour être finalement inauguré le 15 janvier 1844, jour anniversaire de la naissance du dramaturge. Si le monument sera très critiqué (pauvreté de l’emplacement, absence d’unité de l’œuvre), le bronze de l’écrivain assis plut à tout le monde tandis que les allégories de Pradier, la Comédie bouffe et la Comédie sérieure, suscitèrent une opposition véhémente, autant à cause du caractère jugé indécent des figures qu’à cause de la division simpliste de l’œuvre de Molière en « riante et larmoyante ».

 

Pour réaliser un portrait de Molière, Seurre a certainement consulté les archives de la Comédie-Française, dans lesquelles figurent les rares portraits peints de Molière attribués à ses contemporains Nicolas et Pierre Mignard. Pour la construction globale de la figure, il doit beaucoup à la grande statue de marbre de Jean-Jacques Caffieri de 1787, une commande du comte d’Angiviller, directeur des bâtiments de Louis XVI, pour la série des « Grands Hommes de la France » (Paris, musée du Louvre). Un dessin préparatoire daté de 1842 et conservé au musée du Louvre montre que dès le départ, Seurre a conçu un monument moins ouvert que celui de Caffieri, très probablement à cause de l’espace restreint dans lequel il devait faire tenir sa statue. L’artiste a représenté le dramaturge assis, dans l’attitude de la méditation, tenant d’une main un crayon et de l’autre un livre, en train d’écrire une pièce. On peut remarquer de légères différences entre notre plâtre et le bronze fondu par Eyck et Durand, notamment au niveau de la position de la tête ou du livre dans la main gauche, dans les objets posés au sol, dans les drapés ou dans les dentelles du costume. Molière est placé sur un piédestal conçu par Visconti, orné d’une plaque avec les dates du poète et l’inscription « Souscription nationale ». Là aussi, des différences peuvent être notées entre le plâtre et le marbre définitif dont le décor sera beaucoup plus riche. Daté 1843, notre plâtre doit donc correspondre à une des nombreuses étapes du travail de ce chantier complexe, probablement une des dernières et pourrait être le modèle de présentation aux commanditaires.



 
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