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Philippe Benoist

Genève, 1813 – Vincennes, 1905

 

Vue de la Piazza Colonna al Corso à Rome, vers 1860

 

Pierre noire

305 x 405 mm, feuille 350 x 495 mm

Annoté en haut à gauche : à dessiner à tous les étages, en haut à droite : 79 et en bas à droite dans la bande repliée : Place Colonne / Colonne Antonine et cercle des officiers français

 

Estampe

Dessin préparatoire pour la lithographie réalisée par l’artiste pour sa publication dans Rome dans sa grandeur, Nantes, Charpentier, 1865, tome I, p. 63

 

Né en 1813 à Genève de parents français, Benoist se forme, très jeune, auprès de Louis Daguerre où il acquiert une excellente connaissance de la perspective. Il débute au Salon en 1836 avec des paysages de Fontainebleau mais abandonne rapidement la peinture pour se spécialiser dans les vues urbaines. Benoist développe également une grande activité de lithographe, participant peu à peu à toutes les grandes publications d’ouvrages illustrés du milieu des années 1840 aux années 1880 : les Voyages pittoresques et romantiques de Taylor et Nodier (de la Picardie, 1835 à la Bourgogne, 1863), Le Moyen-Âge monumental et archéologique (1840), España artistica y monumental de Villaamil (1842), L’Italie monumentale et artistique (1845-1852), La Normandie illustrée (1852-1855), Paris et ses ruines, 1871 ou Paris à travers les âges, 1875-1882. Mais c’est pour sa participation aux publications très raffinées des éditeurs Pierre-Henri et de son fils Henri-Désiré Charpentier à Nantes qu’il reste le plus connu : Paris dans sa splendeur, (1856), Nice et Savoie, 1861-1863, La Bretagne contemporaine (1864-1866) et Rome dans sa grandeur (1865-1869).

 

C’est pour cette dernière publication que Benoist réalise notre dessin qui représente la piazza Colonna à Rome, sur le Corso. Il a ensuite réalisé la lithographie qui présente peu de différences avec le dessin, à l’exception de la foule plus dense et des voitures plus nombreuses sur l’image finale. Nous retrouvons ici le crayon soigneux, délicat et extrêmement précis de l’artiste topographe qui rend admirablement la perspective de la piazza Colonna dont trois côtés sont visibles (le quatrième côté, non représenté, était occupé par le palais de Piombino des princes Boncompagni-Ludovisi qui sera démoli en 1889 pour laisser la place au palais de la galerie Colonna, aujourd’hui galerie Alberto Sordi).

 

Construite, sur l’axe central de la Via del Corso, à peu de distance de la piazza Venezia, à l’initiative du pape Sixte V à la fin du XVIe siècle, la place Colonna sert d’écrin à la colonne de Marc-Aurèle. Érigée entre 176 et 192 pour célébrer les victoires de l’empereur Marc-Aurèle (161-180) sur les Germains Marcomans et les Sarmates, ce monument qui mesure presque trente mètres de haut et entièrement couvert de reliefs sculptés dans le marbre inspirée de la colonne Trajane, est considérée comme l’un des monuments antiques les plus importants de la Ville éternelle. Encore sur son site d’origine, la colonne a cependant été transformé à l’occasion de la restauration faite en 1589 par l’architecte Domenico Fontana : la base ancienne fut modifiée tandis qu’au sommet, la statue de bronze de Marc-Aurèle qui avait été établie à l’origine fut remplacée par une statue de saint Paul, œuvre de Leonardo da Sarzana et Tommaso Della Porta. A ses pieds, on remarque une fontaine réalisée en 1577 d’après le projet de Giacomo Della Porta sur une commande du pape Grégoire XIII.

 

Tout autour de la colonne de Marc-Aurèle, d’importants palais historiques ont été construits. A droite, la plus connu de ces demeures est le palais Chigi. Construit à partir de 1578 par la famille Aldobrandini, il passe ensuite aux Chigi, une des plus importantes familles romaines. Au moment où Benoist réalise son dessin, le palais est encore occupé par la famille qui le cède, en 1916, à l’État italien. Celui-ci utilisera le bâtiment pour en faire le siège du ministère des affaires étrangères avant de le transformer, en 1961, en siège de la présidence du Conseil des ministres. Le palais Chigi est jouxté par le palais Montecitorio que l’on aperçoit tout de suite à sa gauche. Conçu à l’origine par Gian Lorenzo Bernini pour le cardinal Ludovisi, le palais fut achevé par Carlo Fontana et utilisé, à partir du XVIIe siècle, pour loger la Curie apostolique (les tribunaux pontificaux) puis le gouvernorat de Rome et la direction de la police, ce qui en fit le centre de la vie judiciaire et administrative du gouvernement pontifical. Après l’unification de l’Italie en 1861 et le transfert de la capitale à Rome en 1870, Montecitorio fut choisi pour être le siège de la Chambre des députés, ce qu’il est toujours.

 

En continuant sur la gauche de Montecitorio, nous trouvons le palais Wedekind. Reconstruit à partir de 1838 par Pietro Camporese le jeune sur commande du pape Grégoire XVI pour abriter le siège de l’Office des postes papales, le palais est connu pour son portique réalisée avec seize colonnes dont une grande partie sont antiques et proviennent des fouilles archéologiques de la cité étrusque de Véio. Après une restructuration par le banquier Karl Wedekind en 1879, ce palais sera un temps le siège du Parti fasciste Républicain durant la période de Mussolini et est aujourd’hui celui du journal Il Tempo. Sur le côté sud de la place, à gauche, nous devinons l’église des saints Bartholomée et Alexandre des Bergamasques puis le palais Ferrajoli, construit par la famille romaine Del Bufalo-Cancellieri avant de passer aux marquis Niccolini. A l’époque de Benoist, ce palais abritait le cercle des officiers français à Rome.



 
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