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Jean-Baptiste, baron Regnault

Paris, 1754 – 1829

 

Deux femmes en costume de Frascati, 1772

 

Huile sur papier

35,7 × 22,3 cm

Signé en bas à gauche : Albano / Regnault / Rome 1772

Au verso du cadre d’origine, étiquette ancienne : Etude sur papier / par le Baron Regnault / faite à Rome et datée 1772

 

 

La vocation du jeune Regnault est précoce : dès l’âge de dix ans, il se serait distingué en copiant certains dessins du cabinet Bataille de Montval. Il part bientôt en Amérique, suivant son père, puis s’engage comme mousse et reste cinq années dans cet état. Après une première formation auprès de Jean Bardin et un premier séjour en Italie, Regnault entre dans l’atelier de Lépicié puis dans celui de Vien pour obtenir en 1776 le premier prix de peinture avec son Diogène visité par Alexandre (Paris, ENSBA). Il séjourne alors à nouveau en Italie, où ses travaux sont forts remarqués : son Baptême du Christ (esquisse au musée des Beaux-Arts de Dijon) est loué par Raphaël Mengs, qui affirme en parlant du jeune peintre : « Questo e di scuola nostra. » Agréé à l’Académie en 1782, Regnault se fait reconnaître rapidement au Salon avec une Mort de Priam (Amiens, musée de Picardie) puis un Psyché et l’Amour (Chicago, Art Institute). Plus tard, la Descente de croix, le Déluge ou encore le Socrate arrachant Alcibiade des bras de la volupté (tous au musée du Louvre) jalonnent sa carrière. Regnault exécute sous l’Empire d’énormes tableaux, parmi lesquels une Marche triomphale de Napoléon Ier vers le temple de l’Immortalité (Versailles, musée du château) ou encore le Mariage de Jérôme Bonaparte et de Catherine de Wurtemberg (idem). Jusqu’à la fin de sa vie, il affectionne les sujets mythologiques, souvent empruntés aux Métamorphoses d’Ovide, tout en ne négligeant pas le portrait.

 

Signé et daté 1772, notre tableau représentant Deux femmes en costume de Frascati permet d’évoquer le premier séjour en Italie de Regnault. En effet, après son expérience dans la marine, de retour à Paris, Regnault entre dans l’atelier de Jean Bardin qu’il peut accompagner en Italie en 1768. Ce séjour à Rome sera extrêmement profitable au jeune artiste qui, découvrant tout jeune les charmes de la Ville éternelle, saura y puiser les enseignements qui le suivront durant toute sa carrière. Inspiré par la tradition des recueils de costumes populaires italiens dessinés et gravés, qui remonte au milieu du xvie siècle[1], mais probablement aussi par les tableaux qu’avait peints Jean Barbault, décédé à Rome quelques années avant l’arrivée de Regnault, l’artiste ne pouvait qu’être attiré par la richesse et la variété du costume italien, qui possède toute la magie du théâtre et tous les charmes de l’exotisme. Regnault nous montre ici deux paysannes en costume de la région de Frascati, aux portes de Rome, aux coiffes singulières et aux riches vêtements brodés des jours de fête. Pittoresque et coloré, ce tableau était probablement destiné à séduire la clientèle du Grand Tour, désireuse de rapporter de son voyage un souvenir romain, comme elle aimait à se procurer les vedute d’un Canaletto ou d’un Guardi à Venise. On retrouve déjà ici, dans cette œuvre de jeunesse, les caractéristiques de l’art de Regnault, sa touche moelleuse, son goût pour les formes rondes, son modelé velouté. Le fond neutre et sans éléments décoratifs, dans les tonalités grises et brunes, permet aux costumes aux coloris chatoyants et aux étoffes immaculées de ressortir vivement. Cette étude précise, sans tomber dans la description purement anecdotique, dégage une atmosphère poétique où le pittoresque du costume s’allie à une idéalisation toute classique des visages.

 


[1] L’un des modèles probablement utilisés par Regnault est la Suite de six représentations de femmes des environs de Rome, dessinée par Nicolas Vleughels, ancien directeur de l’Académie de France à Rome, et gravée en 1734 par Edme Jeaurat et François-Auguste Moitte.



 
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