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Joseph-Barthélemy Le Bouteux

Lille, 1742 – ?, 1775

 

Bas-relief antique dans un sous-bois, vers 1774

 

Sanguine

440 x 330 mm

 

 

Joseph-Barthélemy Le Bouteux est un artiste qui a compté comme l’un des espoirs de sa génération lorsqu’il remporta le Grand prix de l’Académie en 1769. Né à Lille d’un père portraitiste et peintre d’histoire, Le Bouteux n’a cependant pu être formé par celui-ci, décédé en 1750. En 1764, Le Bouteux est inscrit dans l’Ecole du modèle de l’Académie royale de peinture et de sculpture à Paris où il est attesté comme élève de Noël Hallé. En avril 1768, il est nommé professeur adjoint à l’Ecole royale gratuite de dessin de Bachelier, où il enseigne aux côtés de Joseph-Benoît Suvée. Un an plus tard, il se présente pour la première fois au grand prix de l’Académie, qu’il remporte devant Pierre Lacour et Joseph-Benoît Suvée, avec Achille, après avoir traîné le cadavre d’Hector, le dépose au pied du lit où repose le corps mort de Patrocle (Paris, Ecole nationale supérieure des beaux-arts). Avant de partir pour Rome, Le Bouteux passe deux années à l’Ecole royale des élèves protégés. Arrivé à Rome en octobre 1771, il y demeure jusqu’à l’automne 1775 où il entreprend le voyage de retour vers Paris. Pour une raison inconnue, sa trace se perd alors[1].

 

A Rome, Le Bouteux semble s’être livré exclusivement à la pratique du dessin, avec une prédilection marquée pour le paysage qu’il dessine en compagnie de Berthélémy, Vincent, Menageot, Suvée et Pierre-Adrien Pâris auquel il semble avoir été particulièrement lié. Avec ses amis – et comme Fragonard et Hubert Robert dix ans auparavant – Le Bouteux parcourt la campagne romaine à la recherche des motifs les plus intéressants qu’il trace à la sanguine. Un ensemble assez significatif de ses dessins commence à prendre corps aujourd’hui, conservés au musée du Louvre, au musée des Beaux-Arts de Rouen, à la Bibliothèque municipale de Besançon (fonds Pâris), à l’Hôtel-Museum Arthur Merghelynck d’Ypres et dans diverses collections privées. Notre feuille, nouvellement découverte, nous montre un coin de jardin à Rome avec des restes antiques éparpillés parmi les plantes. On retrouve ici toutes les caractéristiques de l’art de Le Bouteux, une composition basée sur des obliques ou des contrastes lumineux marqués entre la végétation et des ouvertures vers des lointains noyés de soleil. Mais à la différence de certains de ses contemporains, qui manient le crayon avec spontanéité, l’artiste décrit la végétation dans une écriture précise et minutieuse, de manière à contraster puissamment avec les parties de la feuille laissées en réserve. En ce sens, il rejoint le sentiment de la nature qu’a partagé Suvée, c’est-à-dire une approche moins lyrique, moins romantique, que celle inaugurée par Fragonard et Hubert Robert quelque dix ans auparavant, car elle fait preuve d’un intérêt différent pour le rendu de la lumière sur les pierres ou les masses végétales et va dans le sens d’une certaine objectivité. Le dessinateur a choisi d’utiliser ici, comme souvent dans ses dessins, un ton de sanguine assez rare, qui tire vers le brun plus que vers le rouge. Notre feuille peut ainsi parfaitement se comparer avec d’autres dessins conservés de l’artiste comme le Paysage avec pont et rochers du musée du Louvre (inv. 23540) ou Ruines recouvertes de végétation du musée des Beaux-Arts de Rouen[2] et permet d’étoffer le corpus des dessins de Le Bouteux dont la place non négligeable dans la communauté française à Rome durant la décennie 1770 commence à se dévoiler.

 


[1] S. Raux, « Joseph-Barthélémy Le Bouteux : contribution à l’étude de son œuvre dessin », sous la direction de N. Sainte Fare Garnot, Dessins français aux XVIIe et XVIIIe siècles, actes du colloque des 25 et 25 juin 1999, Paris, 2003, p. 415-430.

[2] Sous la direction de D. Bakhuÿs, Trésors de l’ombre, Chefs-d’œuvre du dessin français du XVIIIe siècle, Collections de la ville de Rouen, Rouen, 2013, p. 170-171, n°70.



 
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