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Edouard Joseph Dantan

Saint-Cloud 1848 – Villerville-sur-mer 1897

 

Intérieur à Villerville-sur-mer, 1882

 

Huile sur toile

54 x 65 cm

Signé, daté et situé en bas à droite : Dantan / Villerville-sur-Mer / 1882

 

Édouard Dantan naît dans une famille de sculpteurs : son père, Antoine-Laurent, et son oncle, Jean-Pierre – surnommés Dantan aîné et Dantan jeune – obtinrent d’honorables succès durant leur carrière, le second surtout, passé à la postérité pour ses portraits-charges de ses contemporains les plus célèbres. Élève d’Isidore Pils, puis de son remplaçant Henri Lehmann, à l’École des Beaux-Arts, Édouard oscille entre réussite aux concours internes de l’École (prix de la grande figure, prix de la demi-figure) et déconvenues au concours du prix de Rome auquel il doit renoncer après sept échecs consécutifs. Il n’en mènera pas moins une carrière quasi officielle, couronnée par l’achat à plusieurs reprises par l’État de tableaux qu’il envoie au Salon, auquel il participe régulièrement de 1869 à 1897 avec des huiles et des pastels. Il se voit décerner une médaille de troisième classe en 1874 pour son Moine sculptant un christ en bois (Nantes, musée des Beaux-Arts), puis une médaille de deuxième classe en 1880 pour son Coin d’atelier, acquis par le musée du Luxembourg. En 1888, le ministère de l’instruction publique lui commande une immense composition commémorant l’inauguration de la faculté de médecine de Bordeaux. L’année suivante, il est fait chevalier de la Légion d’honneur et sept de ses œuvres sont retenues pour l’Exposition universelle. Reconnu par ses pairs, Dantan est nommé membre du jury du Salon en 1894. L’aspect le plus original de son art réside dans ses nombreuses vues d’atelier : l’extraordinaire atelier paternel de Saint-Cloud où il évoluait tout gamin, mais aussi les ateliers du porcelainier Haviland ou du céramiste Albert Dammouse, qui ont récemment fait l’objet d’une exposition au musée des Avelines de Saint-Cloud.

 

Tantôt suiveur d’une tradition académique héritée de son passage à l’École des Beaux-Arts, tantôt peintre naturaliste, Dantan cesse dès 1879 de produire des compositions historiques et religieuses pour s’orienter vers une peinture plus intimiste, aux sujets simples, dont il trouve les motifs dans sa maison de Saint-Cloud et son entourage familial mais aussi à Villerville-sur-Mer qu’il fréquente à partir de 1881. Dans ce petit village de pêcheurs sur la côte normande, situé à l’embouchure de la Seine face au Havre, qui a profité de l’essor touristique de Trouville, Dantan sympathise avec les pêcheurs, qui acceptent de poser pour lui. Il s’attache dès lors à immortaliser sur ses toiles les « petites gens » de son environnement sans exprimer de revendications sociales mais pour illustrer l’homme dans la diversité de ses activités.

 

Notre tableau s’inscrit dans cette veine de scènes d’intérieur qui connaît un certain succès auprès de sa clientèle et nous savons, par le livre de raison de l’artiste, exceptionnellement tenu et conservé par la famille, que Dantan réalise sept vues d’intérieurs à Villerville et dans ses environs entre août et novembre 1882[1] : notre peinture est une de celles-là, peut-être, vu le personnage principal assis au coin du feu, l’Intérieur du père Martin. Quatre figures se tiennent dans un foyer modeste de pêcheurs, chacune affairée à sa tâche : à gauche, une femme consolide le filet de pêche, au centre, un homme âgé se tient au coin de l’âtre, tandis qu’à droite, deux marins soupent en silence. Seul un des deux garçons ose interrompre le calme de la scène en regardant le spectateur. On remarquera la description réaliste de l’intérieur, du foyer et du lit-clos occupant la place principale de la pièce aux éléments évoquant le métier de pêcheur, filet ou poulies. Deux diagonales structurent l’œuvre, guidant le regard vers la figure centrale du vieil homme. Certains artifices chers au peintre sont employés dans notre tableau : ainsi du cadrage avec des éléments coupés comme la table sur la droite, qui donne l’illusion au spectateur de pénétrer dans cet intérieur ou du traitement de la lumière naturelle provenant d’une fenêtre située à gauche et qui éclaire savamment les objets posés sur la table et au-dessus de la cheminée. Mais, ce qui frappe surtout ici, c’est la chaleur du regard de l’artiste : dans cette Intérieur, Dantan évoque à la fois la vie familiale et le métier de marin, sans misérabilisme ou condescendance.

 


[1] Intérieur de la mère Jamet ; Intérieur du père Martin ; Intérieur de Pétel (huile sur toile, 48 x 63 cm, Mairie de Villerville) ; Intérieur de M. Retou, adjoint au maire de Criqueboeuf (huile sur toile, 38 x 61 cm, collection particulière) ; Intérieur Brize, maire de Pennedepie ; Intérieur d’Aubert, maçon, tambour-major et Intérieur chez la mère Alexandre Lamidey.



 
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