Victor Hugo

Besançon, 1802 – Paris, 1885

 

Paysage, 1850

 

Fusain, lavis brun et gouache blanche

12,3 x 7 cm

Signé et daté en bas : Victor Hugo 1850

 

Provenance

Paul Meurice[1]

Vente Paris, Hôtel Drouot, 23 novembre 1953, n°141

 

Victor Hugo n’étudia jamais le dessin. Son œuvre graphique est le fruit du don et d’une imagination prodigieusement féconde. C’est au cours de ses voyages annuels en France et à l’étranger  qu’il commence à dessiner des « choses vues » rapidement notées. De la chose vue, Hugo passera à la vision de  rochers, de ruines, d’arbres et de châteaux où le songe et le réel se mêlent. Ces dessins pris sur le vif sont tous de petits formats. Or Hugo déclare à Paul Meurice en 1848 : « Je n’ai encore fait que des dessins de petites dimensions. Quand trouverai-je le temps d’en faire un qui soit aussi grand qu’une peinture ? » L’occasion va bientôt se présenter.

 

À l’été 1850, libéré de ses obligations de député, Hugo renonce également à son voyage annuel avec Juliette Drouet pour aménager chez elle un atelier de fortune installé dans la salle à manger où il travaillera à loisir jusqu’à la rentrée parlementaire de novembre. 1850 a donc une importance particulière dans l’œuvre dessiné de Hugo, l’artiste réalisant alors  des chefs-d’œuvre comme Gallia (Paris, maison de Victor Hugo), la Salière-fontaine (collection particulière) ou encore Taches-Planètes (collection particulière)[2] et des dessins plus modestes, comme le nôtre, soigneusement signés et datés, destinés aux intimes et aux amis. Ici et là, la technique employée est bien particulière : frottis de fusain relevé d’un lavis imprégnant la feuille et rehauts de gouache blanche. Débute également en 1850 une nouvelle pratique, celle du remploi créateur. Des découpages ou des pièces de monnaie utilisés comme pochoirs permettent l’insertion d’images dans l’image[3]. Ainsi peut-on voir dans notre feuille en haut à droite l’amorce d’une partie circulaire évoquant un astre.

 

Que figure ce paysage ? « Abstrait » pour des yeux modernes, ou plutôt non limité à une figure, il ne représente rien ou plutôt tout. Tout ce que le poète a bien voulu y mettre, tout ce que le lecteur veut bien y voir : une grève, un champ, une lande, ou encore la rencontre du ciel et de la mer, ces deux infinis, réduits à leurs lignes essentielles.

 


[1] Ce dessin est présumé provenir de la collection de Paul Meurice, selon une indication portée au verso de l’ancien montage. Paul Meurice (1818-1905), ami intime de l’écrivain, réunit une importante collection de dessins dont une partie sera donnée à la Ville de Paris en 1903, tandis que le reste sera dispersé entre ses héritiers.

[2] Victor Hugo, l’homme océan, sous la direction de M.-L. Prévost, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2002, n°85, 98 et 106, p. 106-107, 119 et 130-131.

[3] Voir notamment le dessin Taches-Planètes, ibidem., n°106, p. 130-131 ou le dessin Empreinte de pièce de monnaie, ibidem, p. 142.